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BAPS : on voulait faire de Bussy-Saint-Georges une vitrine du multiculturalisme et du vivre-ensemble. Au final, on parle de la ville pour presque exactement le contraire.

La polémique autour du BAPS risque aujourd’hui de brouiller l’image de Bussy-Saint-Georges, alors que le Mandir devait contribuer à son rayonnement et à son image de ville du vivre-ensemble. Les Buxangeorgiens et les Français d’origine indienne ne doivent pas devenir les victimes collatérales de cette affaire.

Paysage de Seine-et-Marne

La polémique née à la Tour Eiffel autour de la visite d’une délégation liée au BAPS dépasse désormais largement les murs du monument parisien. Elle touche aussi Bussy-Saint-Georges, où vient d’être inauguré le Mandir, et risque d’associer durablement le nom de la ville à une affaire de discrimination entre les femmes et les hommes.

C’est particulièrement regrettable. Bussy-Saint-Georges est une ville que je connais bien, située dans le même canton que Torcy, où j’ai été conseiller municipal. C’est un territoire dynamique, multiculturel, marqué depuis longtemps par la coexistence des cultures et des religions. La Ville présentait elle-même le Festival de la Culture organisé autour de l’ouverture du Mandir comme un événement devant contribuer au rayonnement de Bussy-Saint-Georges sur la scène internationale. Voir aujourd’hui le nom de la commune circuler en France et à l’étranger à travers cette polémique est donc d’autant plus dommageable.

Les Buxangeorgiens et les Français d’origine indienne ne doivent pas devenir les victimes collatérales de cette affaire.

Il faut surtout refuser les amalgames. Les Buxangeorgiens n’ont pas à porter collectivement la responsabilité de cette affaire. Les Français d’origine indienne non plus.

Une organisation, une religion et une communauté sont trois réalités différentes.

Cette distinction est essentielle. Bussy-Saint-Georges s’est construite autour d’une diversité culturelle et religieuse qui fait partie de son identité. Son Esplanade des Religions et des Cultures a précisément vocation à favoriser les rencontres et le dialogue entre les religions. Le Mandir lui-même a été présenté comme un lieu ouvert à tous, destiné à favoriser le dialogue interculturel, la solidarité, la paix et le vivre-ensemble.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille minimiser les faits rapportés à la Tour Eiffel. Selon les témoignages syndicaux relayés par plusieurs médias, des salariées auraient été invitées à quitter leur poste lors du passage de la délégation. Le BAPS conteste avoir voulu exclure qui que ce soit en raison de son sexe et a présenté ses excuses pour la peine ou les désagréments causés. Une enquête a été annoncée afin d’établir précisément les faits. L’égalité entre les femmes et les hommes fait partie des principes sur lesquels nous ne pouvons transiger ; il faut donc que toute la lumière soit faite, sans transformer des faits encore examinés en jugement collectif sur une communauté.

La responsabilité particulière des élus

Cette affaire doit également nous conduire à nous interroger sur la responsabilité des élus lorsqu’ils associent fortement l’image de leur collectivité à celle d’une organisation.

Un maire ne peut évidemment pas tout connaître ni tout prévoir. Il serait donc injuste d’affirmer, sans élément permettant de l’établir, que Yann Dubosc connaissait les pratiques aujourd’hui mises en cause. Ce n’est pas le procès que je souhaite faire.

En revanche, lorsqu’un élu s’engage publiquement aux côtés d’une organisation, contribue à son rayonnement et se fait en quelque sorte l’ambassadeur d’un projet, cette proximité crée une responsabilité particulière : celle de connaître autant que possible les partenaires avec lesquels on engage l’image de sa ville, leurs pratiques et les valeurs qu’ils portent.

Plus un élu se fait l’ambassadeur d’un projet, plus son devoir de vigilance doit être important.

Cette exigence ne concerne d’ailleurs pas seulement Bussy-Saint-Georges ou le BAPS. Elle devrait valoir pour toutes les collectivités et pour tous les partenaires, qu’ils soient associatifs, économiques, culturels ou religieux. Soutenir un projet ne signifie pas seulement couper un ruban ou participer à son rayonnement : cela suppose aussi de savoir à qui l’on associe l’image d’une commune.

Protéger Bussy des amalgames

L’enjeu, maintenant, est de ne pas laisser cette polémique définir durablement Bussy-Saint-Georges, son Mandir ou la communauté indienne. La réponse ne doit être ni la stigmatisation ni le silence. Elle doit être le dialogue et la clarté.

Le dialogue avec les responsables du Mandir doit pouvoir se poursuivre, tout en rappelant clairement les principes qui organisent notre vie collective, notamment l’égalité entre les femmes et les hommes. Une prise de parole publique permettant de lever les incompréhensions et de réaffirmer sans ambiguïté ces principes serait, à mes yeux, utile.

Bussy-Saint-Georges mérite que l’on parle d’elle pour son dynamisme, sa diversité et sa capacité à faire vivre ensemble des habitants venus d’horizons différents. C’est précisément parce que cette diversité constitue une richesse qu’elle doit être protégée des amalgames.

Cette affaire peut laisser une trace. À nous de faire en sorte que cette trace ne devienne pas une fracture.

Sources

Associated Press — polémique de la Tour Eiffel, réactions et position du BAPS
Reuters — témoignages syndicaux et enquête annoncée
Ville de Bussy-Saint-Georges — présentation du Mandir et du Festival de la Culture

Brice MASSEIXSignature de Brice Masseix

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